Promouvoir l’exigence d’une information sincère pour une démocratie basée sur la confiance

Comment corriger efficacement une mésinformation ?

30 juin 2020

Synthèse d'article scientifique produite par la Fondation Descartes de :

Lewandowsky, S., Ecker, U. K., Seifert, C. M., Schwarz, N., & Cook, J. (2012). Misinformation and its correction: Continued influence and successful debiasing. Psychological science in the public interest, 13(3), 106-131.

Dans cette revue de littérature, les auteurs (1) déterminent les différentes sources de mésinformations [misinformation] ; (2) tentent d’expliquer pourquoi des mésinformations continuent à influencer les individus alors qu’elles ont été clairement réfutées et rétractées ; (3) présentent une série de recommandations pour maximiser l’efficacité de la correction des mésinformations. Les auteurs utilisent le terme de mésinformation pour désigner toute information qui est d’abord présentée comme étant valide puis qui est rétractée ou corrigée.

Résumé condensé des solutions

Avant d’en venir au cœur de l’article, nous vous proposons le résumé des principales solutions mises en avant dans cet article pour maximiser l’efficacité de la correction des mésinformations.

Solution 1 : pour corriger efficacement une information erronée, il est important de la remplacer par une information qui ait la même fonction explicative. Pour augmenter l’efficacité de cette correction, il faut pouvoir la répéter sans mentionner l’information erronée qu’elle remplace.

Solution 2 : pour maximiser la correction, il faut commencer la répétition de l’information correcte avant toute exposition à la mésinformation. Cela nécessite d’anticiper l’apparition de mésinformation.  

Solution 3 : utiliser des arguments plus courts et plus simples que ceux utilisés pour mésinformer.

Solution 4 : inciter les individus à davantage de recul critique.

Solution 5 : ne pas aller à l’encontre des valeurs, des idéaux, des principes de la personne influencée par une mésinformation. Au contraire, il faut que l’information correcte aille dans le sens de ces valeurs 1.

I - La mésinformation à l’échelle de la société : différentes sources

Les auteurs commencent par rappeler que pour fonctionner, la démocratie doit s’appuyer sur une population bien informée. La persistance de fausses informations peut donc entrainer un dysfonctionnement de la démocratie. Ce dysfonctionnement est aggravé par le fait que les individus, lorsqu’ils tiennent pour vraies des informations fausses, peuvent s’engager fortement pour des causes sociales et politiques dont ils pensent, à tort, qu’elles sont justifiées par ces fausses informations. La guerre en Irak est un exemple typique : certains Américains ont soutenu fortement l’intervention militaire en Irak en reprenant à leur compte la justification donnée par le gouvernement américain (la présence supposée d’armes de destruction massive).

Rumeurs et fictions

La psychologie sociale a depuis longtemps montré que les informations qui suscitent des émotions fortes se diffusent plus rapidement et largement que les autres. Les parents sont, par exemple, plus susceptibles de diffuser des fausses informations sur la vaccination s’ils pensent que leurs enfants sont exposés au danger. Les parents ont des réponses émotionnelles particulièrement fortes sur ce type de sujet parce qu’ils ont à cœur de protéger leurs enfants ce qui les conduira à davantage diffuser ces fausses informations.

Les informations fictives (issues de produits culturels) nourrissent aussi, pour le meilleur et pour le pire, les connaissances des individus. Les auteurs citent en exemple le roman science-fictionnel de Michael Crichton State of Fear qui a servi « d’argument scientifique » au Sénat des Etats-Unis pour discuter des effets du changement climatique. Ainsi, les fictions peuvent être des sources potentielles de mésinformation.

Les politiciens et gouvernements

Les gouvernements et les politiciens sont aussi des sources particulièrement importantes de mésinformation. Leur rôle est d'autant plus critique que leur aura peut être grande. Ainsi, les fausses informations diffusées par des institutions ou des personnalités politiques peuvent avoir un impact profond sur les croyances des individus. La campagne de désinformation à propos des armes de destruction massive en Irak orchestrée par l'administration des États-Unis a eu un effet profond sur la société américaine.  Les études qui se sont penchées sur le sujet ont montré que les citoyens ont des difficultés à déterminer le vrai du faux dans les paroles des personnalités politiques. Ces difficultés persistent alors même que les individus sont avertis que la parole des politiques peut contenir des mésinformations. L'aura des politiques peut inciter leurs partisants à mettre de côté leur scepticisme pour mieux les soutenirs.

Les organisations non-gouvernementales et les lobbys

La diffusion de mésinformations provenant de certaines industries est bien documentée. Les industries du tabac et de l’énergie ont, par exemple, contribué fortement à alimenter des croyances erronées sur les produits qu’elles vendent en distillant de fausses informations sur le sujet auprès du public.

A l’opposé, certaines organisations non-gouvernementales ont contribué à alimenter les peurs autour de certains produits (les vaccins et les organismes génétiquement modifiés, notamment), ce qui a eu un impact économique négatif sur les industries concernées.

Les médias

Les médias sont particulièrement susceptibles de diffuser des mésinformations lorsqu’ils couvrent un événement important en direct. Les informations rapportées sur le vif ne seront révisées et corrigées que par la suite (et parfois trop tard). La couverture des événéments scientifiques par les médias peut aussi conduire à la diffusion de mésinformation. Les médias ont pour impératif de simplifier les résultats scientifiques pour les rendre compréhensibles au grand public. En simplifiant ces résultats, les médias peuvent altérer le propos de l’article scientifique et induire des croyances fausses chez le lecteur. Les médias doivent ainsi constamment arbitrer entre l'exigence de clareté et de vérité 2. Les médias peuvent aussi donner une place trop importante aux experts qui expriment une voix dissidente face au consensus scientifique. Dans ce cas, les médias, pour respecter l’équilibre et la parité dans le débat, vont donner une place égale aux experts qui représentent le consensus et ceux qui représentent une très petite minorité. Les lecteurs peuvent alors penser à tort qu’il n’y a pas de consensus sur le sujet puisque les différents experts invités ne sont pas d’accord.

Le rôle spécifique d’Internet

L’Internet dit « 2.0 » a permis à tout utilisateur de devenir producteur de contenus d’information via la création de vidéos (Youtube), de courts messages (Twitter) et de contenus plus longs (sur les blogs notamment). Si cette capacité donnée à tout un chacun de produire et diffuser de l’information a pu avoir certains effets bénéfiques sur la couverture de l’information, elle a aussi permis une plus large diffusion de mésinformations. Les producteurs d’information sur Internet ne sont pas engagés par les contraintes éditoriales que respectent les médias et qui assurent, au moins en théorie, leur fiabilité. C’est pourquoi, par exemple, les utilisateurs d’Internet vont diffuser beaucoup plus de mésinformations sur la santé que les médias. Les auteurs notent aussi le cas des sites internet qui diffusent intentionnellement des fausses informations. En 2012 (date de parution de l’article), ces sites n’avaient pas encore pris l'importance qu’ils ont aujourd’hui.

Pour finir, les auteurs remarquent que la très forte croissance  des offres d’information dans les années 2000 a permis aux consommateurs de sélectionner les informations qui leur plaisent et à éviter toute information qui leur déplait. Cet écosystème fragmenté a pour effet de ralentir la diffusion des corrections de mésinformation qui circulent sur les différents réseaux d’information.

II- L’échelle individuelle et les stratégies pour corriger les mésinformations

 1. Comment les individus évaluent la véracité d’une information ?

Dans nos conversations de tous les jours, il est fréquent que nous prenions pour acquis le fait que notre interlocuteur dit la vérité. Pour certains chercheurs, ce postulat d’honnêteté [truthful] de l’interlocuteur est la norme dans nos conversations car c’est une condition pour comprendre le sens de l’information que celui-ci nous présente. Ainsi, sauf exception, les individus ont une disposition à accepter pour vraies les informations qu’on leur présente. Mais lorsque nous souhaitons déterminer si notre interlocuteur dit la vérité, nous nous appuyons usuellement sur un éventail assez limité d’indices 3.

La compatibilité d’une information avec nos croyances

Nous jugeons régulièrement les informations en fonction de nos opinions et croyances. Ainsi, une information qui a l’assentiment de notre opinion et de nos croyances est favorisée face à des informations concurrentes. D’après la célèbre théorie de Leon Festinger, une fois que les informations sont acceptées parce qu’elles vont dans le sens de nos croyances, il est très difficile de les abandonner 4. Selon la perspective développée par Festinger, renoncer aux mésinformations que nous avions préalablement intégrées dans notre vision du monde déclencherait, par ricochet, une série de remise en question aboutissant à un inconfort mental que nous souhaitons fortement éviter. Cette motivation à maintenir nos croyances fondamentales, pour éviter l'inconfort intellectuel, est, pour Festinger, un mécanisme crucial du fonctionnement de la pensée humaine.   

De manière générale, les informations qui « sonnent justes » sont plus facilement acceptées. Les auteurs de l’article ont, par exemple, montré qu’une phrase dont les lettres sont difficiles à déchiffrer sera jugée moins fiable que le même message écrit de manière plus lisible. Pour juger qu’une information est véridique nous utilisons donc des indices qui nous renseignent « instinctivement », et, parfois à tort, sur sa fiabilité.

La cohérence de l’information

Selon la théorie du « modèle mental », les individus, pour englober différentes informations et les rendre cohérentes entre elles, se forment des représentations mentales qu’on peut apparenter à une histoire. Cette histoire permet de lier les différentes informations entre elles en leur donnant une cohérence d’ensemble. Une fois la cohérence atteinte, il devient difficile d’abandonner un bout de l’histoire car cela mettrait toute sa cohérence en péril. Nous préférons même, dans certains cas, introduire de nouvelles informations pour garder une cohérence au modèle mental plutôt que d’abandonner cette histoire. Les informations simples à intégrer et cohérentes avec nos modèles mentaux auront donc un poids plus important à notre esprit que les informations plus difficiles à intégrer ou en contraction avec le modèle.

La crédibilité de la source

De nombreuses expériences montrent que les individus s’appuient préférentiellement sur la réputation de l’émetteur plutôt que sur le contexte pour évaluer la crédibilité de la source d'une information. Par exemple, si une personne est jugée crédible dans un domaine, elle aura davantage de crédibilité hors de son domaine qu'une personne lambda, au motif qu'elle dispose d'une aura d'expertise.

Le consensus social autour de l’information

Le simple fait d’être exposé de manière répétée à une information accroit sa vraisemblance. Plus une rumeur est répétée, plus elle semble plausible. C’est même, selon l’étude remarquée de Allport et Lepkin (1945), le facteur principal pour déterminer si une rumeur sera perçue comme crédible ou non. Plus l’information circule, plus les individus estiment qu’elle fait consensus. Cette perception du consensus a un effet pervers : il suffit que certains individus soient préférentiellement exposés à une information pour qu’ils pensent, à tort, que cette information est acceptée par un large nombre d’individus. Autrement dit, nous avons tendance à surestimer la proportion des individus qui sont d’accord avec nous.

2. Corriger une information ne suffit pas à persuader les autres qu’elle est fausse

Nos différentes stratégies pour évaluer la véracité de l’information ne sont pas toujours optimales. Et une fois qu'une information a acquis à nos yeux un statut de fiabilité, il devient particulièrement difficile de modifier ce statut. Depuis la fin des années 1980, des chercheurs en psychologie ont tenté d’expliquer ce phénomène qui dépendrait du fonctionnement de la pensée humaine.

Les chercheurs du domaine ont constaté que nous avons tendance - dans une très large mesure - à nous tromper lorsqu’il s'agit de savoir si une information qui a été préalablement réfutée est vraie ou fausse. L’exemple typiquement étudié est le suivant :

On présente aux participants de l’expérience une histoire à propos d’un feu déclenché dans un entrepôt. L’origine du feu est d’abord expliquée par la présence d’objets inflammables dans un placard. Mais, très rapidement, cette explication est invalidée : le placard était en réalité vide au moment du départ de feu. Lorsqu’on demande enfin aux participants ce qui a « causé la fumée noire » lors de l’incendie, ceux-ci répondent généralement « les objets inflammables dans le placard ». Les participants ne semblent donc pas prendre en compte que le placard était vide lorsqu’ils formulent leur réponse.

Encore plus troublant, les participants sont en revanche capables de se souvenir que le placard était vide si la question leur est directement posée. Autrement dit, les participants se souviennent que le placard est vide mais ils n’intègrent pas cet élément lorsqu’ils répondent que la fumée noire vient des objets inflammables dans ce placard. Le problème n’est donc pas directement lié à un défaut de mémorisation mais plutôt à une incapacité d’accéder à l’information correcte dans certains contextes.

La compréhension de ce phénomène n’est cependant pas tranchée et plusieurs théories ont été proposées pour déterminer comment des informations continuent de nous influencer alors que nous sommes capables de déterminer qu’elles sont erronées.

Le modèle mental

Pour comprendre comment les individus évaluent une information, les auteurs de l’article ont introduit précédemment la notion de « modèle mental ». Les individus se forment des « modèles mentaux » à partir des différents éléments d’une histoire. Nous prenons chaque information de l’histoire pour en reconstituer la cohérence. Plus l’histoire semble cohérente, plus il est difficile d’en abandonner un morceau. Dans le cas du récit de l’incendie, si les participants n’ont pas de réponse alternative au départ du feu,  ils maintiendront alors l’explication de l’objet inflammable dans le placard pour maintenir une cohérence dans le modèle mental qu’ils se font de cette histoire. Si l’on fournit une explication alternative aux participants et que cette explication s’insère correctement dans l’histoire, ils mentionneront moins les objets inflammables comme cause de la fumée noire. Cette tendance à établir des « modèles mentaux » nous ferait donc préférer une histoire complète et erronnée à une histoire correcte mais lacunaire. Pour préserver la cohérence du modèle mental, les participants vont ignorer le fait qu’il n’y avait pas, en réalité, d’objet inflammable dans le placard lorsqu'ils devront réfléchir sur les causes de l'incendie.

L’échec de la récupération

Le fonctionnement de notre mémoire peut aussi nous empêcher de corriger dans notre esprit les informations fausses. Comme nous l'avons précédemment expliqué, dans l'expérience de l'incendie, les individus sont capables de se souvenir qu'il n'y a pas d'objet inflammable dans le placard. Cependant, lorsque les participants sont mis face à une situation qui nécessite de récupérer une information en mémoire (l'origine de l'incendie), différentes informations peuvent être présentent en mémoire (l’information fausse et sa correction). Pour récupérer la bonne information, les participants doivent mettre en place une stratégie qui peut les amener à commettre des erreurs. Dans le cas de l’incendie, pour répondre à la question sur l’origine du feu, les participants accèdent automatiquement à l’information fausse car elle répond directement à la question. Comme elle est pertinente pour le contexte - elle fournit une explication au départ du feu - les participants de l'étude ne mettent en place une stratégie supplémentaire pour accéder à la correction de l’information. Ainsi, mémoriser la correction ne suffit pas, il faut également établir une stratégie pour la mobiliser en contexte. Cette stratégie peut faire défaut.

L’aisance

Plus une information est facilement accessible en mémoire, plus elle paraitra évidente. Si l’information est évidente, on ne cherchera pas à la compléter par d’autres informations. Ce critère d’évidence a des effets pervers. Une fausse information répétée plusieurs fois va être facilement récupérable en mémoire et va donc acquérir le statut d’évidence alors même que nous avons appris par ailleurs qu’elle était fausse. Il faut, en effet, davantage d’efforts pour accéder à l’information qui n'a pas ce caractère d'évidence. La propagande et la publicité jouent sur cet effet psychologique de la répétition pour contourner les informations contradictoires et renforcer la persuasion de leur message.

3. Réduire l’impact de la désinformation

Si la correction d’une information erronée ne suffit pas à actualiser nos croyances, il existe néanmoins trois techniques pour améliorer l’efficacité de cette correction.

  1. Avertir : si nous sommes avertis que nous risquons d’être exposés à des mésinformations, nous pouvons développer des stratégies pour éviter de les incorporer dans nos modèles mentaux.
  1. Répéter : si la correction est répétée, elle gagne en efficacité. Cependant, de nombreuses recherches font état de limites sur l’efficacité de la répétition. Notamment, la correction venant a posteriori de la mésinformation, elle aura systématiquement un désavantage face à celle-ci.
  1. Substituer : pour qu’une correction soit vraiment efficace, elle doit pouvoir s’insérer dans le modèle mental de l’histoire correspondante. Autrement dit, elle doit être plausible et simple (ce qui n’est pas toujours possible). Une alternative trop complexe sera plus difficilement acceptée.

Mais l’efficacité de la correction dépend aussi de certaines caractéristiques individuelles. Deux sont abordées par les auteurs : les « visions du monde » [worldview] et le scepticisme.

Les visions du monde

En 2012, au moment où écrivent les auteurs, la recherche sur les fausses informations n'en est qu'à ses débuts. Les auteurs font brièvement mention du rôle des opinions sur la croyance aux fausses informations : plus nos conceptions sur le monde sont compatibles avec une fausse information, plus la probabilité que nous y croyions est élevée. Par exemple, nos opinions politiques influenceraient fortement notre perception des fausses informations. Certains auteurs ont, par exemple, montré que les Républicains aux États-Unis (on dirait “de droite”, en France) ont tendance à davantage croire que les irakiens possédaient des armes de destruction massive (ce qui est faux) que les Libéraux (le camp politique opposé aux États-Unis). Cette tendance au biais de confirmation serait un rempart puissant à la correction des mésinformations 5.

Corriger en intégrant les visions du monde

En se fondant sur la théorie de Kahan, les auteurs estiment qu’une correction qui prend en compte les visions du monde des individus a davantage de chance d’être acceptée. Une communication efficace s’appuie sur les valeurs centrales des individus pour les amener à rejeter ou accepter certaines informations. En fonction des mots choisis et des valeurs mises en avant, une même information peut être acceptée ou rejetée par un individu. Une communication efficace doit nous permettre, entre autres, d’affirmer notre « soi » [self-affirmation]. Pour accepter une correction, les individus ont besoin qu'elle soit valorisante et non qu'elle les humilie. Si la communication ne peut pas inclure cette dimension « positive », elle doit alors présenter la correction d'une information de manière à ce que nous ne puissions pas établir de lien entre cette correction et nos propres opinions. De cette manière, la correction ne risque pas d'éveiller notre hostilité. Il est donc préférable de présenter la correction comme une information nouvelle et véridique (sans mentionner l’information qu’elle vient corriger).  

Le scepticisme

Le scepticisme (accueillir avec méfiance et recul critique une information) a des effets ambigus sur la mésinformation. Il peut motiver les individus à adopter des stratégies prudentes et conduire au rejet de certaines mésinformations. Mais de nombreuses études montrent que cette motivation ne suffit pas toujours à repérer les fausses informations ou à les corriger. Le scepticisme pourrait même s'avérer un obstacle face aux corrections de l'information. Idéalement, les communiquants devraient donner des garanties de fiabilité à leurs informations pour répondre aux interrogations d'un public sceptique.

Conclusion

La recherche sur la mésinformation et sa correction n’en est qu’à ses débuts. Elle soulève aussi certaines questions éthiques. Est-il souhaitable d'utiliser les biais de la cognition humaine pour influencer les croyances et les comportements ? Ces méthodes peuvent d'ailleurs être également utilisées à des fins de désinformation 6? Les auteurs estiment que ces techniques de correction, malgré les questions éthiques qu’elles soulèvent, sont certainement les meilleurs outils à disposition pour contrecarrer les effets délétères des campagnes de mésinformation. Ils considèrent enfin qu'une meilleure connaissance du fonctionnement de l'esprit peut constituer un rempart efficace face à ceux qui utilisent consciemment ces biais cognitifs pour nous manipuler.

  1. Par exemple, si la personne valorise l’égalité entre les individus, il faut que la correction de l’information reprenne positivement cette idée d’égalité entre les individus.[]
  2. Nous-mêmes, dans cet exercice, synthétisons un article qui se propose déjà comme une revue de la littérature existante. Nous faisons donc, en un sens, un travail « de troisième main » qui ne peut rendre compte de toute la subtilité des recherches effectuées sur la mésinformation. Ce travail est cependant nécessaire pour faire connaître au public des travaux qui, sinon, resteraient largement inconnus.[]
  3. il y aurait beaucoup à dire sur les motivations qui peuvent nous conduire à suspendre ce postulat d’honnêteté. Sur ce sujet, nous conseillons la lecture du livre d’Hugo Mercier Not born yesterday (2020, non traduit).[]
  4. En psychologie, on parlera de « biais de confirmation » pour décrire ce phénomène. A noter, que ce type de raisonnement n’est pas nécessairement incohérent. Si nous pouvons parfois nous entêter face aux faits, nous avons très souvent de bonnes raisons de nous appuyer sur nos croyances pour sélectionner l’information.[]
  5. Nous signalons cependant qu’une série d’études que nous avons présentées ici minimise la portée de cette théorie générale de la crédulité liée à nos visions du monde : https://www.fondationdescartes.org/2020/04/comment-expliquer-croyance-fake-news/ []
  6. Pour plus d’informations, voici un article critique et informé sur la question : https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2016/12/medsci20163212p1130/medsci20163212p1130.html[]
Thématique :  Biais cognitifs et mésinformation   
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Edition :  Psychological Science in the Public Interest (SAGE)   
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Pays :  États-Unis 
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Langue  :  Anglais 
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